Édito

Alors que la pandémie nous contraint à l’enseignement à distance, produire un journal papier est un pied de nez à la situation. Avec un objet fait pour passer de main en main, qui nous rappelle le temps des contacts physiques ! La revue Acid (clin d’œil à la numérotation des UVs pH de Philosophie) est intégralement rédigée par les étudiantes et étudiants des Uvs PH02 (science, technique et politique) et PH04 (philosophie et informatique) de l’UTBM.
Avec ce numéro 2, qui regroupe 19 articles, d’abord exposés et discutés en séance, puis écrits à plusieurs mains, relus, récrits, corrigés, la règle du jeu reste la même : mettre en regard une moitié d’articles qui partent de la science-fiction pour questionner les représentations des sciences, des techniques et de la politique, avec des articles consacrés à la dimension sociale de l’informatique.

L’originalité du travail à partir de la SF tient à la méthode employée pour l’analyse, à partir de la visualisation des réseaux des personnages à l’intérieur des œuvres. Vous retrouverez ces graphes dans un cahier central, qui permet de comparer d’un coup d’œil la variété des structures narratives. Ces graphes servent de support à l’analyse du contenu des œuvres. Si la science-fiction propose un alliage entre la science et l’imaginaire, la méthode des réseaux de personnage offre aussi une manière de pratiquer la liaison entre humanités et méthodes numériques. Tout le jeu de l’éditeur est de composer un sommaire qui imbrique analyses de fiction et analyses du réel. L’avantage d’un deuxième numéro est que l’on peut commencer à prendre la température des tendances et de ce qui préoccupe nos ingénieur.e.s en devenir. Si la pandémie s’invite dans les réflexions, à travers un article sur les difficultés de l’application StopCovid, deux grandes thématiques se dégagent.

Une majorité des articles questionne l’enveloppement dans le numérique, l’économie de l’attention, la logique des plateformes jusqu’à la reconfiguration des rencontres amoureuses par le « en ligne ». Mais ces questionnements sont aussi bien souvent menés à partir d’une perspective de design : et si nous étions à la place des concepteurs, qu’aurions-nous fait ? Comment aurions-nous ajusté les dimensions techniques, sociales, écologiques ? Qu’il s’agisse du réel ou de la science-fiction, ces travaux sont une manière d’affiner le regard sur les enchevêtrements qui font toute la complexité de l’activité technologique.

Mathieu TRICLOT